Une vidéo aussi stupéfiante sur la France circule sur les réseaux sociaux qu’il y avait une recommandation qu’elle soit confirmée auprès du Dr Google, tapant « taxe coloniale France » si quelqu’un le jugeait « fake news ». En doutant de l’information, j’ai fait la recommandation. Ce que j’ai lu sur internet laisse tout être humain perplexe devant la dévastation causée par les Français dans les pays colonisés et ne sait pas si les anciennes colonies sont aujourd’hui des pays véritablement indépendants.
Les chiffres froids masquent une mécanique implacable : depuis 1957, quatorze pays africains, du Bénin au Gabon, se voient imposer le dépôt régulier d’une part de leurs réserves de change auprès de la France. Ce système, hérité de l’époque coloniale, persiste sans limitation dans le temps. Au fil des décennies, 550 milliards de dollars ont atterri à Paris. Les règles du jeu sont implacables : les États concernés doivent placer leurs devises à la Banque de France, mais ne peuvent utiliser qu’une proportion infime de leurs propres ressources, à peine 15% chaque année. Tout dépassement se paie au prix fort. Une ponction déguisée, mais bien réelle, sur la marge de manœuvre économique de ces États.
Le dispositif va bien au-delà des devises. Après 1945, l’économie de ces pays a été verrouillée par un pacte colonial tenace : contrôle de la production des matières premières, omniprésence militaire, obligation d’acheter équipements et armements chez l’ancien colonisateur. L’empreinte française s’étend jusque dans les secteurs vitaux, énergie, transport, ports, gestion de l’eau. La dépendance ne s’est jamais interrompue. Luigi Di Maio, alors ministre italien, l’a souligné sans détour : privée des matières premières africaines, la France ne figurerait plus parmi les dix plus grandes économies mondiales. Sa place chuterait, loin derrière les géants du globe.
Certaines résistances ont coûté cher. En 1958, la prise de distance de Sékou Touré et de la Guinée face à Paris a déclenché une riposte brutale : avant de quitter le pays, l’administration française a méthodiquement détruit les infrastructures, les bibliothèques, les plantations, les stocks et même les hôpitaux. Rien n’a été épargné. Ce départ ressemblait à un exemple gravé dans la chair des autres colonies : tenter l’émancipation, c’était s’exposer à la ruine collective.
Ignorer l’influence féroce de cette ancienne tutelle serait malhonnête. La pauvreté de plusieurs États africains prend racine dans cette situation : la France, empêtrée dans ses engagements et ses intérêts imbriqués, refuse de lâcher prise. L’explication des difficultés de la région passe alors par cette emprise persistante, difficile à briser.
Pour ceux qui souhaitent approfondir, bien d’autres analyses attestent de la réalité de cette taxe et dénoncent les pratiques de la France envers ses anciennes colonies.
Parallèlement, le gouvernement français ne se prive pas d’afficher sa vertu sur la scène internationale, donnant des leçons sur la gestion des territoires ou l’environnement. L’évocation de l’« internationalisation de l’Amazonie » par Paris, par exemple, résonne avec un certain cynisme. Imagine-t-on la France accepter qu’un autre pays réclame l’ouverture de ses richesses naturelles, ou la gestion commune de ses propres musées ? La pilule ne passerait pas.
Emmanuel Macron connaît les limites des ressources françaises. Il cherche déjà à anticiper le futur, tentant, par divers moyens, de sécuriser l’accès à de nouveaux biens stratégiques, qu’il s’agisse du voisin brésilien ou d’autres partenaires. Seulement voilà : la réaction du Brésil, ferme et sans appel, a surpris l’Élysée, tout comme l’absence d’appui du G7. Sur le plan extérieur, la France s’est retrouvée seule. Mais sur la scène nationale, Macron a utilisé la controverse autour des incendies en Amazonie pour renforcer sa posture politique. Un épisode de plus dans la longue série d’arrangements et de jeux d’influence.
En définitive, une interrogation demeure : tant que ce système continue d’enfermer l’Afrique, peut-on seulement espérer voir émerger une vraie souveraineté, affranchie des chaînes du passé ?
Carlos Perktold, Avocat, psychanalyste et écrivain

