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L'anorexie mentale est une véritable maladie qui concernerait aujourd'hui environ 50000 adolescentes en France. Elle survient de plus en plus tôt, soit vers 12-13 ans, soit vers 15-16 ans, peut-être parce que la puberté devient de plus en plus précoce, et apparaît de toute façon avant 25 ans.
Dans la forme habituelle, la restriction alimentaire s'installe peu à peu et passe longtemps inaperçue, d'autant que l'adolescente partage avec beaucoup de ses camarades des soucis de régime.
L'aspect de l'anorexique est frappant. Corps décharné, peau fripée, comme prématurément vieillie, cheveux ternes... les jeunes filles que l'on croise dans un service spécialisé ne respirent pas vraiment la santé. Cela n'empêche pas la plupart d'affirmer le contraire.
L'anorexie mentale s'accompagne aussi d'un rapport à la nourriture très curieux.
La maladie peut revêtir des formes plus ou moins graves, de la réaction anorexique passagère après un événement traumatisant (deuil, viol...) à des formes de dénutrition sévères finissant par mettre la vie en danger.
Pour certains spécialistes, l'association anorexie-boulimie est très fréquente, atteignant près de 50 % des cas.
Le fait que l'anorexie mentale survienne à l'adolescence laisse supposer qu'il existe un lien entre l'une et l'autre. Au moment de la puberté, le corps se transforme, de nouvelles pulsions apparaissent, pas toujours faciles à «gérer». Les médecins interprètent l'anorexie mentale comme un besoin irraisonné de maîtrise sur ce corps qui change, d'où ce désir acharné de maigrir, cette hyperactivité physique qui ne laisse aucun temps mort dans la journée, ce rejet de la sexualité (absence de règles, pas de « petits copains »).
Le besoin de maîtrise peut aussi s'exprimer dans d'autres domaines, notamment scolaires. Les anorexiques sont souvent, mais pas toujours, de bonnes élèves, en tout cas des élèves qui ont envie de réussir.
L'adolescence, c'est aussi la période d'acquisition de l'autonomie, qui se révèle très difficile pour l'anorexique.
Elle va donc cacher son anxiété derrière une certaine manipulation de sa famille, en particulier de sa mère.
Une enfance surprotégée, peu de liens avec l'extérieur, des enfants qui semblent exister avant tout pour combler l'attente de leurs parents, des parents qui ont tendance à éviter les conflits avec leurs enfants... La dépendance affective est telle que l'autonomie paraît impossible.
Ces enfants tentent alors de substituer la nourriture au lien affectif. «Je ne peux me passer de quelqu'un, mais je peux me passer de nourriture. Ainsi, je redeviens maître des choses», se dit inconsciemment l'anorexique. Le fait de ne plus s'alimenter apporte d'ailleurs à ces jeunes filles un certain soulagement. Ephémère toutefois, car elles souffrent de dépression, de manque de confiance en elles et vont à leur perte si on ne les aide pas.
Les médecins sont unanimes : plus le traitement est précoce, meilleures sont les chances de réussite. Mais la plupart des anorexiques consultent très tard, lorsqu'un membre de la famille a enfin pris conscience de l'urgence. Il est très important d'intervenir avant que ne s'installent l'habitude de se priver de nourriture et la complicité de l'entourage
. Cette complicité est parfois étonnante. Les parents voudraient tant que leur enfant, si gentille et si bonne élève, reste dans la norme qu'ils se persuadent longtemps que cela va passer.
Le médecin de famille peut se laisser piéger et prescrire des fortifiants pendant des mois, sans se rendre compte tout de suite de la gravité du problème.
Le traitement est difficile et demande une certaine fermeté. Un « contrat de poids », c'est-à-dire un poids que l'on juge raisonnable d'atteindre, est passé avec la jeune fille. Soit elle y parvient seule (mais c'est rare...), soit une hospitalisation est nécessaire. La séparation du milieu familial, méthode utilisée par de nombreuses équipes, permet une modification des habitudes et l'apprentissage d'autres rythmes de vie.
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